Enjeux

La France: Les migrants à la « New Jungle » de Calais

Qu’est-ce que c’est la « new jungle » ? Où est-elle située ? Qui y habite ? Où ont-ils l’intention de partir ?

La « Jungle de Calais », une surface d’environ quatorze hectares habitée par un nombre de migrants estimé à 6000 personnes, entourées par la Manche, l’autoroute A16 et la ville de Calais, vivent dans de mauvaises conditions sur une ancienne décharge à la frontière de la commune de Marck. Il s’agit aussi bien d’une ancienne décharge, placé sur le chemin des Dunes, que d’une Zone d’intérêt Ecologique Faunistique et Floristique, qui était fréquentée par des chasseurs. Un endroit venteux et humide, exposé aux pollutions des usines de proximité, où réside un nombre de personnes qui atteint son apogée en automne 2015. Celle-ci s’explique par l’impossibilité (presque) de passer en Grande-Bretagne à cause d’une meilleure sécurisation d’Eurotunnel et de la voie qui mène au port de Calais, ce qui oblige les migrants soit de se fixer dans ce bidonville de Calais, soit d’essayer de s’introduire sur les camions qui passent sur l’autoroute A16 et qui leur permettra de joindre enfin la Grande-Bretagne.

Le camp est situé autour du centre d’accueil « Jules Ferry » étant, lui, l’ancien centre de vacances, qui organise un repas par jour pour les réfugiés et leur permet de « prendre une douche, de laver leur linge et de charger leur téléphone, ainsi qu’une permanence médicale de deux heures par jour et un vestiaire d’urgence » Quelques centaines de femmes et d’enfants sont y abrités, tandis que d’autres sont dans le bidonville, faute de place ou par leur choix de rester à côté de leurs maris ou compagnons de voyage.

Il est à noter que le nombre de migrants est approximatif car il n’existe pas un système de comptage officiel et la situation est toujours en train d’évoluer. Nous ne parlons que des estimations, c’est-à-dire des chiffres données par la préfecture à travers les repas quotidiens organisés par les associations qui, ainsi que la police, font, elles aussi, leurs propres évaluations. Les femmes et les enfants abrités à Jules Ferry sont les seuls à être identifiés, d’où on peut faire la constatation d’une difficulté qui complique aussi bien le travail statistique que le travail juridique, c’est-à-dire la défense de ces individus ne pouvant pas faire preuve de leur identité. Cette question sera développée encore en plus de détails.

Le Médiapart donne des informations suivantes sur les origines des « résidents » de ce camp de Calais (pour le mois d’aout 2015) :

  • 35% des migrants issus du Soudan ;
  • 30% du grand Moyen-Orient : Afghanistan, Pakistan, Iran, Irak ;
  • 25% de la Corne de l’Afrique : Erythrée, Ethiopie, Somalie ;
  • 5% de Syrie ;
  • 5% issus d’autres pays.

Pour le graphique cliquer ici.

Parmi les personnes habitant dans la jungle de Calais, il existe une vraie différenciation dans le sens socioéconomique. Certains d’entre eux sont des « ingénieurs, avocats, interprètes, professeurs, médecins, étudiants, commerçants, chauffeurs de taxi [etc.] » fuyant  la guerre, la dictature, l’oppression.

Nombreux sont ceux prêts à risquer la vie et qui tentent leur chance chaque nuit afin de pouvoir passer en Grande-Bretagne. Certains parmi eux s’appuient sur leur capital social, soit les liens familiaux et des communautés déjà présentes dans le pays de destination souhaité, qui représente pour eux, avec sa forte économie et le taux de chômage de seulement 5, 6%, la possibilité d’avoir une meilleure existence et un travail – la liberté.

L’évolution de la situation des migrants

Depuis quand existe-t-il le camp à Calais ? Comment le nombre de migrant a-t-il évolué ? Combien étaient-ils dans les années précédentes et combien sont-ils aujourd’hui ?

Les premiers camps de migrants à Calais apparaissent en 1998 avec les vagues de réfugiés en provenance du Kosovo et l’établissement d’un centre d’accueil en 1999 à Sangatte, une commune du département du Nord-Pas-de-Calais. Celui-ci était sous forme d’un hangar de 27 000 mètres carrés, ayant la capacité d’héberger à peu près 800 migrants qui est rapidement dépassée et le chiffre de 1 800 personnes est atteint. Juste quelques ans après sa création, en 2002, ce camp est détruit afin de « mettre fin à un symbole d’appel d’air de l’immigration clandestine dans le monde » d’après Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur. Dans les années 2008, 2009, se matérialise le camp qu’on nommera « la jungle » et qui accueille environ 700 migrants dans un premier temps, le chiffre qui diminue entre 2010 et 2014 suite à son destruction sur décision d’Eric Besson, le ministre de l’Immigration. Le démantèlement de ce camp a obligé les migrants de vivre dans des squats, leur nombre étant entre 200 et 500 et relativement stable jusqu’en 2014, où on dénombre environ 2000 personnes. Enfin, en 2015, de nombreux conflits autour du monde entraînent une hausse significative des chiffres, avec 6 000 personnes dénombrées en octobre 2015. « L’année 2015 a commencé, toute Union européenne confondue, avec une hausse de 250% des franchissements irréguliers de la frontière extérieure de l’Union [en janvier et février par rapport à la même période de 2014] » selon Fabrice Leggeri, patron de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union européenne.